
A l'université, je faisais partie d'un club de fans qui se réunissaient le vendredi soir pour bavarder, faire des fanzines et jouer à des jeux de plateau. C'était des années avant Donjons & Dragons. Un certain nombre de gens venaient jouer à des jeux comme Risk, Régates, et des variantes de Diplomatie. Et donc j'ai bavardé, aidé aux fanzines et joué. Il y avait peu d'autres femmes du club qui jouaient ? Et bien, pas à ces jeux en tous cas...
Un des membres du club du vendredi était Ken St. Andre, qui a créé Tunnels & Trolls. Il avait vu une toute première édition de D&D et il avait décidé qu'il y avait une meilleure manière, plus simple et plus drôle, de se servir de ce concept. Avec le recul il apparaît que T&T n'était pas forcément "meilleur" sur le plan commercial, mais pour nous tous il était certainement meilleur. Nous avons joué sans cesse, tout en développant le monde et en écrivant d'abondantes aventures. Voilà mon introduction aux jeux de rôle.
Ken St. Andre fit éditer Tunnels & Trolls par la compagnie de jeu, Flying Buffalo Inc.. J'ai fait un certain nombre d'illustrations pour des produits de Flying Buffalo (pas seulement T&T) avant que Rick Loomis m'offrit un poste en 1978. Je suis restée pendant sept ans, pas seulement comme employée aux dessins, mais (à un moment ou l'autre) comme auteur, créatrice de jeu, compositrice, chef de gamme, rédactrice de jeu et de magazine, et trop d'autres casquettes pour que je puisse m'en rappeler. (La plupart des compagnies de jeu sont un peu comme ça : il faut faire beaucoup de choses différentes avec un personnel limité !) J'ai appris les ficelles de l'industrie du jeu et j'y ai pris du plaisir.
Ce n'était certainement pas ce que je m'attendais à faire de ma vie. J'étais sortie de l'université avec un diplôme d'anthropologie, mais je suis entrée dans le monde du travail dans un moment de creux dans l'emploi. Les gens me payaient pour faire des dessins, un travail que j'aimais faire, alors je m'y suis accroché.
J'ai quitté Flying Buffalo en 1985 pour devenir indépendante. Quand Magic est arrivé et que les illustrations de cartes étaient très recherchées, on m'a offert plus de travail de la part de compagnies de jeu variées, que je ne pouvais accepter. L'industrie du jeu a subi de profonds changements depuis, et je me pose encore la question de savoir où (si) je peux m'installer dans ce Nouvel Ordre Ludique Mondial. Je continue à faire des illustrations liées au jeu, mais je m'oriente vers d'autres branches artistiques également.
Le jeu de rôle n'est pas toute ma vie. Je n'ai même plus souvent l'occasion de jouer, mais quand cela arrive je me fais vraiment plaisir. Je ne peux pas consacrer assez de temps pour être meneuse de jeu, et même réunir des vieux amis joueurs pour un barbecue est difficile.
Parmi mes jeux favoris, je me souviens avec plaisir de T&T pour sa simplicité et son grand sens de l'humour, mais je n'y ai pas joué depuis des années. J'ai joué à et apprécié MSPE, Champions, GURPS, et j'ai été folle de Deadlands un moment. Dans les jeux de cartes à collectionner, j'ai joué à Magic à ses débuts, et à la Terre du Milieu (bien sûr !).
A une convention en avril (2002), j'ai eu mon premier contact avec Fudge/Bunnies & Burrows (un scénario de la Terre du Milieu, rien de moins, maîtrisé par Steffan O'Sullivan - et bien *ça* c'est un système souple !) et ça a été absolument super. J'ai aussi fait un peu de Munchkin, et une paire de grands jeux de plateau.
Vous avez peut-être l'impression que je ne prends pas les jeux au sérieux, mais si - c'est un *amusement* sérieux.
Mais j'ai à peine le temps de jouer d'une année à l'autre (bien qu'il y ait quelques signes de changement). Même la convention de jeu d'avril 2002 fut exceptionnelle - pour moi, la plupart des conventions sont du travail non-stop.
Quant à mon temps libre... d'abord, quel temps libre ? Bon, d'abord j'aime beaucoup mes deux chiens : deux Cardigans Welsh Corgis (l'espèce *avec* la queue), Saint et Poca. Une branche dans laquelle je me suis développée est l'illustration de chiens, en particulier les Cardigans. Les Cardis sont une espèce peu nombreuse, surtout comparée aux Pembroke Welsh Corgis, sans queue, plus connus, similaires mais sans lien de parenté. Beaucoup trop de dessins de Cardis étaient des Pem-avec-queue, alors j'ai vu un creux à combler. D'accord, c'est un très *petit* créneau, mais j'ai fait des T-shirts, des cartes, et un peu d'autres choses pour vendre à la National Specialties (le grand rassemblement national pour cette espèce de chiens). Les chiens sont un loisir assez similaire au jeu, et en quelques années je me suis fait beaucoup de bons amis.
Le sport ? Je n'ai jamais été une grande spectatrice de sport (à part les Jeux Olympiques), bien que ça m'ait plu de suivre les Phoenix Suns (basket-ball masculin). Cependant, quand les Phoenix Mercury sont apparues (basket-ball féminin professionnel), je suis devenue une fan endurcie, me surprenant moi-même ! Maintenant, je trouve le basket-ball masculin ennuyeux...
Quant à moi, je fais de l'exercice avec le vélo et la marche, et de la natation à la belle saison. J'ai commencé le yoga il y a deux ans, pour diminuer mon stress, et avec le temps j'ai été complètement convaincue de son intérêt à tout niveau de perfection de soi - l'esprit, le corps, le coeur et l'âme.
Question famille, ma mère est morte en 2000, et je n'ai pas de lien avec mes proches. Pas d'enfant, pas de compagnon, juste les chiens et moi. Assez triste en fait.
Ce dont je suis la plus fière, et pourquoi, c'est une vraie colle. En tous cas, c'est difficile pour moi ; l'opinion que j'ai de mon travail varie de jour en jour. Il y a des dessins que j'aime, mais cela dépend toujours. Je fais le meilleur travail possible au moment où je m'y mets, mais tôt ou tard j'y vois des choses qui ne vont pas. (Parfois je sais même comment j'aurais pu l'améliorer.) En résumé : j'aimerais n'avoir pas déjà *réalisé* mes plus beaux dessins !
A présent les choses sont assez changeantes, et je m'oriente dans de nouvelles directions, alors même que je continue à faire des illustrations de fantastique et de jeu qui me plaisent. Ces dernières années j'ai eu envie de faire des dessins en 3D, et je me suis mise à faire de la céramique et des tuiles. Ayant pour thème la culture celte, le sud-ouest américain, les chiens ; j'en ai quelques-unes sur mon site Oakeart.com. Pas (encore ?) d'une grande qualité, mais nous verrons.
Comment j'en suis venu à travailler sur MERP ? Ils ont appelé. J'ai dit oui...
ICE m'a contacté pour la première fois en 1980, si je me souviens. Même si j'étais employée par Flying Buffalo, à côté de ça je travaillais en freelance pour des jeux divers (avec l'autorisation de mon boss d'alors, Rick Loomis). Je suis depuis longtemps séduite par les histoires de Tolkien (voir plus bas), et j'ai sauté sur l'occasion de travailler directement sur ces histoires. Ils ont eu l'air content de mes dessins, et j'étais contente de continuer à en faire.
J'ai appris à lire avant l'école primaire, et l'un des livres avec lequel j'ai appris était Bilbo le Hobbit. (Je suis assez vieille pour que ce soit bizarre.) J'ai eu un moment de révélation à la Helen Keller (auteur/oratrice sourde-muette qui a su dépasser ses handicaps - vous vous souvenez de son histoire de coupe et d'eau ?) en voyant les doigts de ma mère sauter au-dessus de formes noires indéchiffrables - les mots - dans l'un de mes livres favoris. Et puis d'un coup je me suis dit "chaque fois qu'elle dit 'le' c'est la même forme au bout de ses doigts". Cela m'a frappé, et c'est comme cela que j'ai commencé à apprendre à lire. Plus tard, quand j'ai regardé mes exemplaires de Bilbo le Hobbit et le Seigneur des Anneaux, l'édition était de 1961, et je me suis dit que ce souvenir était inventé, car sinon j'aurais lu des années auparavant. C'est ce que j'ai dit dans une interview dans The Duelist.
Ma mère a ri quand elle a lu cette interview, et m'a certifié que ma mémoire était sans doute très exacte. Les livres que j'ai maintenant, ceux qui étaient les "vieux exemplaires de famille", selon moi, étaient des ajouts tardifs (et des éditions tardives !). Ceux qu'avait ma mère (qui étaient alors toujours dans *sa* maison) comportaient 1957 comme date d'édition, ce qui correspondait tout à fait - j'avais 4-5 ans en 1957, et j'apprenais juste à lire.
Pour autant que cela paraisse étrange, je préfèrerais *avoir été* écrivain. C'est sûrement plus proche de ce que je désirais il y a quelques années, que le dessin. (Je pensais que je n'étais pas bonne dessinatrice.) Cependant, je trouve qu'il est difficile d'écrire, et je ne m'y suis pas entraîné autant que pour le dessin. En conséquence, je suis meilleure comme dessinatrice. De plus, les gens me payent pour mes dessins, et j'aime gagner ma vie en faisant quelque chose qui me plaise. Je n'ai pas réussi à y arriver avec l'écriture.
Ceci dit, je ferai toujours une forme ou l'autre de dessin. Il y a des années je me suis demandée, "si j'étais isolée au sommet d'une montagne et je pouvais n'avoir qu'une seule chose à faire pour le restant de mes jours, qu'est-ce que ce serait ?" et la réponse est sortie "le dessin".
Pour répondre au "pourquoi" : le dessin est un instantané ; écrire est un film. Dans ma tête, j'ai des histoires, des gens, des situations qui ont besoin de mouvement dans le temps pour s'exprimer. De plus, je considère le dessin et l'écriture comme de la *communication*. Le dessin est un échange de seulement quelques secondes, peut-être toute une minute s'il est vraiment convaincant. Lire même un court roman, demandera une heure ou plus à un bon lecteur. Des gros livres de fantastique, ou des séries, occupent le lecteur pendant des jours.
Cette bio a été rédigée entre le 8 mai 2000 et le 8 mai 2009. Dernière mise à jour le 22 janvier 2012.