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Interview : le Rôliste de la Famille

Par admin

Rubrique : Interviews
Date : 01 mai 2004

En 1994 apparaissait dans nos magasins de jeu de rôle et dans les maisons de la presse un jeu de rôle qui allait devenir mythique : Raôul. Son sous-titre "Le jeu de rôle qui sent sous les bras" donnait immédiatement le ton : il s'agissait d'incarner un beauf encore plus extrême que ceux dessinés par Cabu. Cette année là, le jeu était présent dans tous les clubs de jeu de rôle de France et une grande majorité des rôlistes s'esclaffèrent pour la première fois devant l'humour cynique de Patrice Larcenet et devant les dessins d'un certain Manu Larcenet, une fratrie qui allait faire beaucoup pour l'humour en général.

10 ans plus tard, Patrice Larcenet est toujours rôliste et étrangement, la nouvelle génération de rôlistes connaît son jeu, au moins de réputation, sans pour autant savoir qui il est réellement. Est-ce parce qu'il n'a pas fait la couverture de Paris-Match ou bien parce que son parcours, atypique, ne laissait peu de place aux autographes et à la reconnaissance du milieu ? En répondant aux questions du Grog, le père de Raôul revient sur cette expérience éditoriale unique.

Interview

Comment est né le concept de Raôul ?

Le concept a été longuement et mûrement pesé au sein des Rêveurs de Runes. A l'origine un club de jeu de rôles créé par le passionné Nicolas Lebedel et son acolyte rigolard Yann Isambert, devenu ensuite producteur d'un fanzine de qualité, de jeu de rôles (avec Raôul) puis enfin, abandonnant lâchement son ancien nom (ouais, c'est trop rôliste "Les Rêveurs de Runes") pour embrasser la carrière d'éditeur de BD sous le patronyme "Les Rêveurs". C'est juste un petit rappel pour être précis et rendre à des amis passionnés l'hommage qu'ils méritent. Même maintenant, ils demeurent une association loi 1901, avec pour but de faire de la qualité. Chapeau.

Bon, Raôul, le jdr qui sent sous les bras. Quand je parle de qualité, je ne mets pas mon jeu dans le lot, tout est dans le titre. ça parle tout seul. Hem. Remarque, il aurait pu s'appeler le jdr qui sent de dessous les bras, suite à un brainstorming de dernière minute après une partie. Tard. Très tard. Mais je suis resté inébranlable : j'ai frappé du poing sur la table et j'ai dit : "Nannnnnn, mais euh, je préfère quand même le premier titre, c'est vous qu'êtes tous bêtes". Je sais être sévère parfois, c'est le monde impitoyable de l'édition rôlesque (iste ?).

Alors donc un soir après une autre partie, avant la première partie de laquelle je parlais il y a encore quelques lignes, j'ai dit comme ça tout fort : "Et bin moi, j'peux faire un jdr où qu'les mecs y jouent des beaufs". Refoulant les quolibets nourris de mes camarades de jeu comme mes larmes amères, je suppliai le seigneur de me sortir vite fait bien fait de cette situation embarrassante où ma grande bouche m'avait une fois de plus plongé. Et Dieu a parlé. Par la bouche de Saint Nicolas Lebedel et en ces termes : "Et bin si tu fais ça et que c'est drôle, on le publie". Et voilà-t-y pas la nouvelle ! Un coup de masse derrière la tête, là, au coup du lapin exactement. Alors je rentre chez moi et me plonge fébrilement dans les affres de la création. Et je repense à toutes ces attitudes énervantes qui définissent le beauf, qui font qu'on ne l'aime pas, qu'il nous paraît ridicule et toute ces vacuités intellectuelles très encourageantes sur l'amour du prochain. Et là, double coup de masse. Je visualise les parents d'un de mes voisins et amis de l'époque et ma main se met à écrire toute seule. Le texte est écrit en une après midi et les cartes aussi. Grande idée les cartes. C'est super pratique à découper et coller quand on n'a pas les moyens d'imprimer des vraies belles cartes. Alors merci l'imprimante et le Mac de l'époque. Ensuite coups de téléphones, prise de rendez-vous, la salle est elle libre ?, faut venir habillé comment ?, quand est ce qu'on mange ??? Et quelques jours plus tard on se retrouve tous habillés en marcel et short bleus, à pouffer comme des fous en même temps un peu gênés par le ridicule qui était le nôtre. Et puis on a joué, bu, rigolé, parlé pour se retrouver deux heures plus tard complètement épuisés, haletants et un peu nauséeux. Mais nous savions. Nous avions trouvé le méta-jeu, celui qui ferait de nous des milliardaires audacieux, jeunes et musclés.

Ensuite, la routine d'un business bien huilé, où chaque engrenage humain oeuvre pour le bien du méta-jeu, sa gloire pour les siècles des siècles. Production, Publicité et Part de marché, un placement unique, un credo inhabituel, des illustrations d'un dessinateur de Fluide Glacial que nous eûmes les plus grande difficultés à convaincre. Oui, en fait c'est mon frère qui nous a fait les illustrations donc c'est plus simple pour en avoir un, d'auteur de Fluide Glacial. D'autant qu'à l'époque, j'ai du le remercier en le laissant plat comme une limande après une bonne partie de Street Fighter 2 Turbo, sur Méga Drive s'il vous plait. Ensuite, et bin ensuite c'est classique : un article dithyrambique dans le Casus Belli de l'époque, un scénario quelques temps plus tard, la distribution assurée par Multisim s'il vous plait (Nicolas Lebedel est un Dieu !!!) et me voilà riche comme Crésus, enchaînant les cubains dans un palace de New Mexico.

Comment as-tu fais pour être édité par les Rêveurs de Runes ?

A cette époque, tout le club était motivé pour sortir un jdr. J'avais un autre projet en cours qui me tenait plus à coeur mais toujours pas fini. Alors quand on a joué (car les hauts pontes encravatés de la "Rêveurs de Runes Company of the law 1901" sont des joueurs avant tout, et des passionnés, je le répète) et que ça a été un succès, on avait quelque chose qui tenait la route, donnant une bonne ambiance sans avoir besoin de moyens énormes, ni d'armes en mousse. Donc quelques chose qu'une assoc' de motivés peu aisément faire si elle a des membres complémentaires. Je crois sincèrement que la configuration des personnes qui ont participées, de près ou de loin, n'aurait pu être meilleure. Je pense particulièrement à mon ami Pilou qui fut d'une aide précieuse et sage. Il m'a permis d'éviter des écueils d'écritures et de rendre le tout trop gras et pas assez distancié. C'était un sacré bonhomme et c'est lui qui a lancé tout le monde quand le role-play avait du mal à percer l'armure du ridicule. Un vache de bon souvenir.

Comme tu vois, ami interviewer, ma vie est pleine de souvenirs chauds et herbus. D'escapades printanières sous un soleil ardent, de ballades dans les bois avec mes amis, autour du lac de Buc, avec des bières. Enfin, rien que de très rôliste... si, enfin, j'ai, ...réussi à éviter de profaner un cimetière. Oui je sais, c'est une honte pour un rôliste et je ne devrais pas le dire mais si, je n'ai jamais, au grand jamais, profané de cimetière en quelque façon que ce soit.

Comment la distribution du jeu a-t-elle été assurée ?

Alors ça tu sais, je pense que des gros camions sont venus nuitamment enlever les méchantes palettes pleines de Raôul pour les emmener loin loin. Et puis plus tard, comme par magie, pouf, ils sont tous dans les magasins.

C'est un peu comme ça que je l'ai vécu étant donné qu'une fois l'écriture et la mise en page finies, je ne me suis plus occupé de rien. Je ne suis pas homme de commerce, ni de marchandage et aurait récolté tripettes si oncques m'envoya prospectay le clienst. Et hop, un petit coup de langage rôliste. Donc j'ai laissé à ceux qui savaient le faire le soin de s'occuper de démarcher les distributeurs. Au début, le jeu a été placé dans le réseau qui vendait déjà le fanzine (les magasins Game's en particulier) puis grâce à Multisim nous avons été distribués partout. Ensuite, le jeu se vendant pas mal pour un jeu amateur, les commandes se sont enchaînées d'elles mêmes et tout tournait pour le mieux. Je crois qu'il faut connaître ses limites et savoir pour quoi on est fait. Le démarchage et la négociation n'ont jamais été mes meilleurs amis, alors je me suis contenté d'assurer la création et un suivi de production (car le metteur en page du fanzine (débauché pour l'occasion) était un homme d'esthétisme et j'avais peur qu'il ne me transforme le Raôul en Jean-Sébastien RPG. Inquiétude non fondée mais que voulez vous, on ne se refait pas).

A m'entendre parler, on dirait que c'était déjà une entreprise bien rôdée et dotée d'une infrastructure solide. En fait on était toute une équipe de passionnés (je devrais trouver un synonyme.) et chacun a trouvé son rôle d'une manière toute naturelle. Ce qui a permis d'obtenir un résultat final (le jeu) à la hauteur de nos espérances : un jeu maquetté comme un jeu pro, avec un tirage imprimerie irréprochable et un prix que seule une association peut se permettre de proposer (35 Francs à l'époque. Pour les jeunes, on pourrait dire que ça ferait 5.50 Euros). De plus une couverture réalisée par un vrai dessinateur (et pas le copain du mec qui dessine bien des chevaliers en armure en classe de chimie) et des illustrations collant parfaitement au thème du jeu. Le contenu me paraît, avec le recul, un peu trop potache et peut être pas assez fin, mais bon, ça a été fait comme ça.

J'ai juste un seul regret : j'avais été vachement plus hardcore dans les cartes. Par exemple la Carte "Enculés de Bougnoules" est devenue "Saloperie de blousons noir". Personnellement, je pense que le décalage du jeu aurait permis au lecteur de voir clairement notre position (surtout la mienne) sur le racisme et de ne pas succomber à la facilité de la compréhension au premier degré. Mais bon, après une âpre discussion où je maudis le politiquement correct des Rêveurs, ils m'ont convaincu, moyennant gros chèques, voyages gratuits dans les îles et drogues hors de prix.

Es-tu devenu riche grâce à Raôul ?

J'aimerais te dire oui car cela voudrait dire que je vis actuellement du JDR, d'une meilleure manière que celle qui est la mienne. Mais non. Surtout, je le rappelle, les Rêveurs sont une association loi 1901 et non une world hyprabusiness company. Quelle hypra company aurait-elle eut d'ailleurs les couilles de publier un jeu comme ça, à l'époque, où le summum de la provocation était de publier Toon ou INS/MV (qui sont de très bon jeu soit dit en passant). Qui d'autre qu'une assoc' aurait pu se lancer dans une telle entreprise ?

Donc, même avec la meilleure volonté du monde, je n'aurais pas pu gagner ma vie avec. Et de toute façon ce n'est pas ce que j'attendais : je souhaitais juste me faire connaître et qui sait, intéresser un journal de JDR ou deux. Puis de là, commencer quelque chose avec le JDR. Mais cela ne s'est pas passé comme ça. A part le succès du jeu et la confusion entre mon estimé frère et moi-même (dans Casus ils ont marqué que c'est lui qui a écrit et moi qui ait dessiné. Remarque, le résultat aurait été étonnant je pense), cela ne m'a pas apporté plus de choses que ça. Cela m'a même apporté plus d'emmerdes : comment, après avoir sorti un jeu de rôles, replonger dans les délices subtils de l'apprentissage du marketing et de la publicité sans se poser des questions sur ce que tu veux faire de ta vie ? J'ai toujours eu le secret désir de faire ce métier. Pas auteur de romans, ni de BD, mais créateur de jeu de rôles. Le pire dans tout ça c'est que ça ne m'a pas quitté. Mais il faut bien vivre et se prostituer intelligemment, sans trop de casse. Et puis, j'avais aussi un autre centre d'intérêt qui me prenait beaucoup de temps et qui me sortait la tête de mon petit monde de rôliste : le skate. Je pense qu'il est très important de varier les plaisirs pour conserver un minimum la tête sur les épaules et un regard lucide sur la vie.

Pour répondre enfin à ta question, je ne suis pas devenu riche grâce à Raôul. Je suis devenu catégorisable comme auteur du jeu à la con sur les beaufs, comme raciste de base (car il faut aussi savoir que Raôul n'a pas que des amis) mais surtout pas comme un auteur de JDR. T'es fou toi. Pour être auteur il faut faire Thoan ou Elric, être hype avec Vampaïeur et Mage mais surtout ne rien faire de drôle. Enfin, et c'est le point positif de toute cette réflexion plutôt sombre : c'est partout pareil. Quand tu fais, tu vas être perçu au travers de ce que tu donnes. Et le plus souvent c'est très mal compris car le lecteur (moi le premier) ne comprend jamais que ce qui l'arrange. Mais c'est le propre de toute communication.

Paradoxalement, c'est maintenant que je récolte le fruit de mon travail : je ne m'étais jamais rendu compte, avant la convention de Chambéry 2004, que mon jeu trouvait encore écho parmi les joueurs. Et que certains (toi le premier) trouvaient vraiment ça bien. Grâce à mon jeu, j'ai pu rencontrer des gens intéressants et passionnés ce qui ne m'étais pas arrivé depuis longtemps dans ce milieu. Je les cite car ils le valent bien : Cédric Ferrand (auteur du truculent Soap, un chef d'ouvre humoristique et rôliste) et Julien Blondel. Je crois, avec le recul des années, que cette rencontre n'aurait pu mieux tomber. Je crois que je l'aurais gâchée plus jeune, étant plus fougueux mais aussi vachement plus con. Et c'est ça l'extraordinaire de la vie : pendant longtemps j'ai été à la recherche de reconnaissance et quand je n'en espère plus, paf elle me tombe sur le coin de la figure, sans prévenir.

Et oui, m'sieur l'interviewer, je crois que ce que m'a apporté Raôul c'est d'une part la joie d'avoir consciencieusement accompli un travail (c'est déjà assez rare) et d'autre part d'avoir touché des gens.

Un autre truc que ça m'a apporté (et c'est sûrement le plus important, vu que je suis dans mon paragraphe "je donne des leçons et j'texplique la vie") c'est aussi de me remettre en question. A la fin de l'écriture du jeu, j'avais mis : "Et n'oubliez pas, on est tous le Raôul de quelqu'un". Phrase enlevée par mes soins car trop donneuse de leçon. Mais c'est pourtant ce que j'en ai retiré : on passe son temps à se moquer de l'autre, car c'est plus facile et ça nous donne de l'importance. Mais qui peut dire ce qui est bien ou mal ? Qui peut dire sans avoir l'air d'un sal con fasciste qu'il détient la vérité sur ce qui est ou doit être ?

Ca me fait penser au mail que Julien Blondel m'a envoyé il y a peu, à propos d'une engueulade sur un forum * (d'ailleurs je crois qu'en atlante ancien, ce sont deux mots qui veulent finalement dire la même chose). En substance, on le traite de fasciste. Ne t'inquiètes pas Julien, la vie m'a appris que c'est plus souvent qu'à son tour que c'est celui qui dit qui y est. Je ne crois pas qu'aucune personne te connaissant "de visu" pourrait te qualifier comme ça. Je pense que seul un bon Raôul de l'Internet, sans une once de méchanceté mais sans une once d'intelligence non plus, peut te dire ça. Et puis, les forums c'est fait pour venir dessus, lâcher une grosse connerie bien sentie qui te met tout le monde à dos, cracher sur ceux qui sont là et se barrer tel le lâche avec comme unique récompense le plaisir d'avoir dit "caca" en pouffant à tout plein de gens sans le risque une seul seconde d'être morigéné (alors ce mot, pour les Raôul de l'Internet qui traitent MONSIEUR BLONDEL de fasciste, c'est comme réprimandé. Mouais ça doit pas beaucoup l'aider ça. comme engueulé, voilà le mot qu'il fallait). Tout ça pour dire, fidèle lecteur qui ne s'est pas encore perdu dans les méandres alambiqués de ma prose, que le simple fait de traiter quelqu'un de fasciste suffit à basculer dans le camp susnommé et à montrer sa propre intolérance. L'insulte sur Internet c'est comme la délation : une façon bien française de refouler sur le premier venu ses propres craintes, ses emmerdes et ses peurs.

NDLeGrog : Patrice fait ici allusion à l'article "Forums de merde" de Julien Blondel publié dans Annunaki n°4 dans lequel il dénonce la futilité et la bêtise du forumiste rôliste lambda suite à une altercation verbale sur un forum.

D'Ac Raôul a-t-il aussi bien marché que le livre de base ?



Question intelligente et sensée : non, D'ac Raôul n'a pas aussi bien marché que son grand frère. Mais pour cause : il a été tiré à 1500 exemplaires (contre 3000 pour Raôul). Pour donner envie à tous les auteurs de JDR qui ont publié des trucs super intellos et super tendance, on a tout vendu (Raôul et D'ac Raôul). En moins de trois mois. C'est la seule revanche sur l'industrie du jeu dont j'aime me vanter : un succès à l'époque, en JDR, c'était 1000 exemplaires vendus sur Paris/Rp (région parisienne pour les non managers). On en a vendu le triple, pour un jeu amateur. C'est purement jouissif et c'est ce que j'aime retenir de cette aventure.

Mais j'ai un petit regret pour D'ac Raôul : je me suis beaucoup plus cassé pour l'écriture et j'ai fait la mise en page seul. C'est un bouquin dont je suis fier car il me paraît avoir mieux vieilli que le jeu de base (beaucoup plus « basique » forcément) et être quand même mieux fait. Mais bon, la vie est cruelle et il est vite tombé dans l'oubli.

Comment en es-tu venu à éditer une boite à camembert Raôul ?

Alors ça je n'y suis pour rien. La boîte de camembert c'est l'ouvre du génial Nicolas Lebedel, qui s'est décarcassé pour trouver des boîtes vides. Le but était de mettre le dossier de presse dedans pour motiver les distributeurs. Mais il a fallu découper et le livret et l'étiquette à la main avant et ça c'est du sport. On avait tiré ça à 200 et imprimé le tout sur l'imprimante de l'infographiste (Sylvain Marchand, que je salue au passage car il cuisine admirablement le Chili). Et tout le monde en a parlé.

A l'origine, les joueurs n'auraient même pas dû en entendre parler mais la plupart des distributeurs l'ont exposé et ça a été le début de la gloire. Mais, je le rappelle, pour cette formidable stratégie marketing, je n'y suis pour rien et c'est le chef des Rêveurs qui est à son origine.

Quel a été l'accueil du jeu en général par la presse spécialisée et le monde pro du jdr ?

L'accueil fut sympathique, comme quand on regarde avec tendresse un enfant qui fait son premier caca : on lui tapote doucement le crâne, un sourire niais au lèvres puis on retourne faire du vrai travail. C'est comme ça que je l'ai ressenti. C'était le jeu anecdotique de l'année et tous les "pros" nous disait : "Huhu, c'est très drôle ce que vous avez fait, bravo les gars. Quoi ? Une place pour toi dans mon équipe ? Ecoute coco, c'est pas avec ton simulateur de mauvais goût que tu vas rafler le ponpon alors ne pousse pas le bouchon trop loin et reste tranquille". Quelque part ils n'avaient pas tort mais ils auraient dû voir combien ce que nous avions fait, en dehors de son sujet, pouvait en remontrer à des produits soi-disant plus lucratifs et plus aboutis. C'est ce qui me fait tiquer : est-ce si dur de reconnaître que des néophytes peuvent s'en sortir honorablement ? Quelles fiertés avions-nous blessé pour être à ce point considérés guère mieux qu'un fanzine ? Je n'ai toujours pas la réponse et de toute façon elle ne m'intéresserait plus. Le principal c'est que je continue le JDR, pro ou amateur, avec autant de fougue, que je n'ai pas raccroché. J'aime toujours autant ça. Peut être même plus depuis que j'ai eu un heureux évènement. Pour le reste, ça te forge le caractère.

Quel regard portes-tu sur la production actuelle ?

Je ne porte aucun regard sur la production actuelle vu que je ne la connais pas. A part les classiques (qui sont classiques et donc indémodables), je n'ai pas acheté de JDR depuis plusieurs années. Le dernier c'était Wraith (en anglais, c'est mieux, c'est plus tendance et comme ça on crois que je suis un VIP) et j'avoue que si on oublie sa présentation et son aspect gothique c'est un jeu innovant. Je n'ai pas accroché à Nephilim, car injouable à mon sens (mais cette opinion n'engage évidemment que moi qui ne suis finalement qu'un chancre comparé au cosmos infini), j'ai trouvé des jeux comme Guildes bien faits mais pas inoubliables, des jeux comme Deadlands bien pensés mais pas facile d'accès etc. En fait, je crois que je n'aime pas les jeux fait pour les accros du rôle. Ou plus simplement je n'ai pas joué avec le bon MJ. Je serais bien en mal de dire quoi que ce soit. Ce que je vois, en revanche, ce sont des productions aux thèmes atypiques, qui bousculent le paysage rôliste assombri par l'ombre noir du D20 system et sa cohorte de suppléments qui enfoncent les portes ouvertes. Mais bon, à grande structure projets rentables.

Ces jeux ont, à mon sens, plus de portée et de potentiel que tous les supplément Wizard ou White Wolf à paraître jamais. Je pense par exemple à Post Mortem, Vermine ou Unknown Armies. Le futur du JDR suivra les traces de ces auteurs et ne restera pas longtemps dans la poche des company qui ont peut être oublié que leur CA annuel est dû à un geek qui s'est un jour amusé à pondre des règles d'un jeu de combat de figurines médiévales.

Ainsi va le monde qu'à la fin il se casse.

Quel est le but de la Raôul Company ?

Tu veux dire en dehors du Pognon et des parts de marché ? Bin rien . La Raôul Company est ce qui me permettra d'avoir une retraite pépère au beau milieu d'un château sur la Loire. Un investissement sur l'avenir en somme. Bon, pour l'instant c'est plus un avenir qu'un investissement mais qui sait ?

Non, en fait j'ai toujours écrit sur ce qui me faisait réagir. Et ayant personnellement été poussé par la faim à me frotter aux multinationales par intérim, j'ai pu constater l'étendue des dommages : weekend de motivation entre collègues, casual Friday et toutes ces sortes de choses. Et je me suis dit que décidément Raôul avait encore de beaux jours devant lui.

Peut être mes études en Communication et Action publicitaires (entamées car ma prof de français de seconde m'avait interdit de viser un baccalauréat de lettres pour cause de débilité profonde, j'exagère à peine) m'ont-elles procuré cette aversion du costume cravate et du discours creux, du bénéfice net et du bilan comptable. Je crois que le capitalisme exacerbé et la recherche du profit sont contraires à l'innovation et à l'amusement. Alors même si je ne peux pas faire grand-chose contre (à part essayer de vivre normalement sans vendre mon esprit et mon âme au plus offrant) je peux toujours en dire ce que j'en pense.

C'est ça, la Raôul Company. Un site fait parce que j'en éprouvais le besoin. Parce que pour une fois je n'avais plus envie de juste observer sans rien dire. C'est peu, mais au moins je l'ai fait et c'est comme ça que je marche. Je ne me pose pas la question en termes de rentabilité ou de ventes. Ca tourne dans ma tête sans cesse, me harcelant jusqu'à ce que ça sorte. Alors c'est sorti et tant mieux : c'est de loin le supplément dont je suis le plus fier, car fait seul de bout en bout (justes des illustrations de mon frère et de la musique d'un de mes amis très proches, j'ai nommé Fredopal the master of electronic music).

Cracher sur le système et dire "ouais, destroy, on va tout casser" c'est bien beau deux minutes. D'abord je n'aime pas casser ce qui ne m'appartient pas, c'est un manque de politesse. Ensuite, je préfère essayer de faire rire ceux qui me lisent, c'est une manière beaucoup moins dirigiste d'exposer ses positions. Le risque c'est d'être mal compris, encore une fois. Mais je crois que je m'en fous un peu, maintenant. Etre mal compris c'est le lot de tout ceux qui produisent quelque chose. Ca fait réfléchir et ça permettra peut être la prochaine fois de mieux s'exprimer.

Cependant, après avoir fait le site une étincelle de joie dans les yeux, tu t'entends dire dans les forums : "C'est tout en flash ton site, moi j'y vais pas". Ou bien : "Enlève le flash et j'y vais sur ton site". Vous savez quoi, bande de feignant, je le laisserai en flash mon site, et ceusses à qui ça plait pas, y ont qu'à aller se faire décoincer le trou du cul sur des sites où ils vendent du viagra et des animaux au sexe énorme. Tiens c'est bizarre ça les gêne pas le Flash sur ces sites là.

Si il y a bien une catégorie d'internautes que je hais, c'est les jamais content. Tu devrais faire ci, faire ça. D'une part personne ne m'explique comment je dois faire mon site (vu que c'est le mien), ensuite moi j'en ai fait un qui est le fruit d'un réel travail (et pas la bête adaptation d'un forum en PhP ou d'un exemple de Dreamweaver) et de plus j'ai le privilège absolu de les considérer comme des limandes (c'est-à-dire un esprit plat, qui nage au ras du sable) car je suis tout de même le Manager de la Raôul Company.

Larcenet, c'est un nom qui t'ouvre des portes ou qui te force à te faire un prénom ?

Ce n'est ni l'un ni l'autre. Si je peux travailler chez moi par Internet et profiter de ma fille et de ma chère et tendre, c'est grâce à ce nom. Alors je serais bien ingrat de dire que c'est un inconvénient.



Mais c'est quelquefois lourd à porter. Meilleur exemple : à la convention de Chambéry, alors que je lui tend un Raôul Extra-Light (dernière version du jeu) un mec me dit : "Mais t'es le frère du dessinateur ?". C'est vexant, surtout de la part d'un rôliste. Mais ça ne m'empêche pas de vivre, je serais bien con.

Quant aux portes, ça m'en ouvre mais par voie de conséquence : on n'est jamais venu me chercher pour me dire : "Génial ton scénar, génial ton jeu, vient donc bosser pour nous" ou encore : "Comme ton frère est connu, viens donc dans ma boîte de JDR me montrer ce que tu sais faire". On m'ouvre les portes quand elles sont poussées par mon frère. Je ne suis pas aigri, ça m'a permis de scénariser deux BD (les entremondes 1 et 2) et d'apprendre un métier passionnant : coloriste. Mais pour ce qui est du JDR, ça ne m'est d'aucune utilité.

Quelle est ton activité aujourd'hui ?

Aujourd'hui, je suis coloriste de BD. Ce n'est pas rose tous les jours mais c'est un métier plaisant. J'aimerais pouvoir faire ça plus quelques trucs JDR à droite à gauche mais comme disent ceux qui gagnent plein de pognon et de parts de marché avec le JDR (je pense surtout aux grosses boîtes) : "Le JDR ça ne permet pas d'en vivre". Elle est bien bonne celle là. Pourquoi t'en fais alors, ducon ? Par plaisir de perdre de l'argent ? Ca doit être ça.

A côté de ça je suis papa à temps plein, joueur de jeux vidéo invétéré, MJ auprès de mes amis, magiqueur même si je ne devrais pas trop m'en vanter. Je skate toujours et quand j'ai le temps j'aime parler aux rares personnes sensées de ce world of darkness via ces superbes forums qui fleurissent sur Internet et qui permettent de s'étriper allègrement tout en gardant les mains propres.

Ah si, le seul truc que je n'aime pas jouer c'est les MMORPG. Ca c'est pour moi le summum du rôliste solitaire qui, mal à l'aise dans la vie, se venge via son clavier. Excusez moi messieurs les MMORPG gamers (je place Neverwinter Nights à part car on peut y trouver un MJ), mais un jeu vidéo comme ça n'arrivera jamais à la cheville d'un vrai JDR papier où on se parle vraiment autour d'une table. Franchement, je préfère de loin me taper un Final Fantasy tout seul ou un bon vieux shoot pour se calmer les nerfs. Enfin bon, goûts et couleurs ne seront jamais partagés alors c'est pas bien grave, finalement.

As-tu des projets rôlistiques à l'heure actuelle ?

Ce qui me tient à coeur : Inquisition, mon jeu que j'ai à moi. Il me trotte depuis trop longtemps dans la tête. Alors soit je le publie et deviens le nouvel espoir du JDR mondial, soit je le remets dans ma culotte et je passe enfin à autre chose.

Ahh, si, en lisant l'article de Julien et suite à des conseils qu'un auteur de Soap bien intentionné m'avait prodigué, je serais salement tenté de faire, pour le plaisir, le Net Raôul, histoire de bien cadrer le problème Raôul.

Sinon actuellement je planche aussi sur des histoires de super héros mais ce genre de choses, je préfère ne pas en parler tant que rien de tangible n'est sorti.

Un mot de la fin ?

Je voudrais juste remercier une personne : Guillemette, ma douce, je sais que je suis souvent exécrable et borné . Alors merci, du fond du coeur, merci de continuer ton chemin avec moi, malgré les heurts.

Voilà, l'intreviouwve est terminée, merci de votre attention et guettez bientôt le Net Raôul, un supplément spécial sur les Raôul Hi-Tech.