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Un nom qui claque au vent de la destruction comme un étendard funeste

J'ai dix ans...

Par Hervé

Rubrique : Grog
Date : 08 mai 2010

Dix ans déjà... Ça fait un petit peu jeune pour certains, qui n'ont souvent connu le jeu de rôle qu'après cet âge. Mais pour un fier vaisseau comme le Grog, 10 ans, c'est déjà l'âge de raison. Certains diront même qu'il a de l'embonpoint et qu'il accuse son âge, mais contentons-nous de dire qu'il est encore bien gourmand et qu'il n'a pas fini de grandir...

Bon. Et en dix ans, comment a-t-il poussé, ce vaillant Grog ? Essayons de voir cela, année après année. Voici quelques souvenirs en vrac, qui n'ont aucunement l'intention d'être complets et exhaustifs, et encore moins justes et honnêtes. On ne peut pas tout raconter, personne ne lirait tout, et ne parlons même pas d'y croire...

Je ne pourrai pas non plus parler de tous ceux qui ont contribué, d'autant que ma mémoire n'est pas infaillible. Et puis certains, discrets ou timides, préfèrent rester dans l'ombre...

2000-2001 : à la conquête de l'espace rôlistique

Le 8 mai 2000, le monde découvre avec émerveillement un frêle petit navire récemment mis à flot. Frêle d'aspect, et avec une ambition démesurée pour sa petite taille : référencer tous les jeux de rôle sur table passés et présents (voire futurs). Quels que soient la langue, le système, la qualité (toujours subjective)...

Frêle, mais néanmoins solide et impétueux. Les rôlistes ne s'y trompent pas, qui le prennent d'assaut assez rapidement, et en remplissent la soute. Au bout d'un an, il référence déjà 183 jeux, 1577 ouvrages, 1473 critiques, 66 jeux amateurs - le 6 mai 2001 pour être précis. Il consacre pour son anniversaire son premier Grog d'Or à Blue Planet. Le grognaute - bientôt rejoint par une groguette plus discrète - impose vite son image sur l'internet rôliste.

Côté équipage, les quatre concepteurs sont vite rejoints pas un Bosco (et son célèbre fouet) à la direction du navire, sans parler d'une présence féminine discrète mais bien active. Histoire de bien gérer les nombreux matelots qui arrivent de tous les horizons : des collectionneurs compulsifs, des spécialistes de certaines gammes, des anciens (pas mal), des jeunes, des geeks (beaucoup), des dessineux, des maniaques de la langue française, des bretons, des occitans...

L'un d'eux, un spécialiste de la brosse à dents et de la petite cuillère paraît-il, va d'ailleurs rejoindre la passerelle après quelques mois comme matelot. Bien que des rumeurs affirment qu'il n'aurait jamais existé : en effet, aucun membre de l'équipage actuel ne l'a jamais vu de visu, à l'exception d'un sous-officier... Un autre matelot, à la langue acérée, se fera plus tard remarquer - en plus de sa langue - par une refonte totale des moteurs... dans lesquels il finira par fusionner !

Le Grog est présent au Monde du jeu, en octobre 2000. Il a une table pour présenter son site, mais sans ordinateur, c'est dur.

Devant le succès et la taille prise par le vaisseau, les concepteurs du Grog décident de la constitution d'une association. L'un deviendra président et l'autre trésorier pour de nombreuses années, et le Bosco sera secrétaire. Les mauvaises langues diront qu'en fait il s'agissait d'une manoeuvre de l'un de ces personnages pour récolter des fonds et se constituer une réserve de rhum... sur laquelle il veillera jalousement ! Longtemps piliers du vaisseau, et dans les mémoires, ces trois personnes apparaîtront dans de nombreux historiques.

2001-2002 : le bébé ne passe pas inaperçu

La deuxième année du Grog voit le vaisseau se développer dans plein de directions. On notera l'apparition des biographies des auteurs, illustrateurs et traducteurs de notre loisir, mais aussi un portail destiné à recenser les nombreux sites internet de JdR qui fleurissent sur la Toile. Sans parler des petites choses comme l'apparition des sous-gammes. Egalement, le vaisseau s'ouvre de plus en plus aux actualités. Cette tendance se poursuivra tout au long de sa vie, sans jamais occulter le travail encyclopédique néanmoins.

Mais surtout, le Grog est de plus en plus connu et reconnu dans le monde rôlistique (aidé par un T-shirt gris) voire au-delà : des contacts voire partenariats se développent de plus en plus, avec Casus Belli ou d'autres médias papier, des associations ou sites internet, des éditeurs ou boutiques... Le Grog occupe un stand au Monde du Jeu à Paris, stand réduit mais qui va grossir d'année en année. Une table est partagée avec l'Ankou, un autre gros acteur du web rôlistique de l'époque.

Le site est aussi sélectionné par le magazine "Best of Web" dans les 500 meilleurs sites de 2001... Certains éditeurs râlent quand leurs jeux ont de mauvaises critiques, mais dans l'ensemble, le Bosco sait jouer de sa langue mielleuse pour les amadouer (le fouet est réservé aux matelots).

Même les éditeurs étrangers commencent à s'intéresser au site, et en particulier à son Grog d'Or. Ce dernier, pour la deuxième année, consacre Nobilis le 8 mai 2002, événement dont son éditeur londonien fait la publicité. Deux jours avant, le site recensait 280 jeux, 2651 ouvrages, 3761 critiques, 122 jeux amateurs, 109 bios, 461 sites. Le côté universel du Grog se poursuit avec des JdR en allemand, italien, espagnol, polonais, grec...

En interne, l'équipage grossit toujours. Un adepte du bon français (salut Aurélien !) rejoint les rangs des administrateurs, l'association voit dans ses premiers messages intervenir le commandant actuel (un certain B....l, en six lettres), déclarant à l'époque qu'il était faignant... Il a bien changé depuis. La gent féminine, toujours discrète mais bien présente - notamment au bureau - veille à ce que le Grog reste dans les clous de la légalité, entre autres choses.

D'autres noms sont présents qui plus tard investiront le bureau ou la passerelle (devinette : qui est AA ?) sous des formes différentes et de manière plus ou moins durable. Mais déjà, le poids de la gestion du site demande un dévouement assez impressionnant de la part de certains... ce qui n'est pas sans créer fatigue et lassitude, voire des petites tensions parfois !

2002-2003 : des yeux moins gros que le ventre... avec regrets

Après tout un tas de développements, le Grog doit mettre la pédale douce sur certains nouveaux projets, faute de ressources humaines. Certains projets resteront toujours dans des cartons, hélas, mais cela vaut parfois mieux que de fatales indigestions... Cela n'empêche pas le site de continuer à évoluer, mais de manière discrète. Diverses choses sont améliorées, jusque parfois l'orthographe de certaines anciennes critiques... même s'il reste encore à faire !

Cette "consolidation" ou "professionnalisation" du site est reconnue à l'extérieur, par les médias, les auteurs, les éditeurs... y compris outre-Atlantique. Le Monde du Jeu octroie une dizaine de tables au Grog, le salon est une réussite. C'est le début des parties de jeux exotiques en convention. AEG organise avec nous un concours (parmi d'autres), qui permet à certains (dont un sous-off actuel) de se faire éditer dans un supplément officiel. Même s'il y a des indélicats et des râleurs, les messages de satisfaction ou félicitations dominent largement, et motivent certains à en faire encore plus.

Côté langues, l'occitan fait parfois des irruptions sur le site au milieu du français, vite réprimées par le président lorsqu'il revient de vacances. Il faut dire que la présence d'un matelot occitan qui abat 200 fiches AD&D par an (adieu Guilhem !), ça a pu jouer... Ce matelot rejoindra plus tard les admins, d'ailleurs, pour quelques années. Admins qui sont désormais au nombre de dix (hello Cédric, salut Thom' !), plus ou moins disponibles, mais l'équipe ne sera jamais plus nombreuse, du moins pas avant l'arrivée des sous-off, comme un ficheur de héros à collant flashy qui arrive à cette période.

Le 5 mai 2003, le site recensait 383 jeux, 3727 suppléments, 5196 critiques, 163 jeux amateurs, 391 bios, 711 sites, entre autres choses. Et trois jours plus tard, il accordait son Grog d'Or à Transhuman Space, là encore à la grande joie de son éditeur. Les relations avec les Etats-Unis sont parfois compliquées par la guerre en Irak, mais globalement cela se passe bien : si certains boudent le site parce que français (pays qui s'oppose à la guerre et aux Etats-Unis), d'autres (auteurs en particulier) sont motivés par l'attitude française et contribuent encore plus volontiers. Par exemple en envoyant leur bio avec même parfois un message de félicitations...

2003-2004 : essoufflement et difficultés

Comme dans toutes les associations, le Grog semble atteindre un palier, il ronronne, les choses avancent... mais non sans mal. Le nombre de fiches nouvelles diminue légèrement, et pourtant il y aurait de quoi en faire plus : les services de presse proposés sont trop nombreux pour être tous traités, et les offres au sein des matelots ou de l'association restent souvent lettre morte.

Bref, on sent une certaine lassitude. De la part des matelots, qui s'impliquent moins et surtout sur des gammes valorisantes, appréciées ; mais aussi de la part des admins qui ont une charge de plus en plus lourde et fastidieuse pour la gestion du site. D'ailleurs, certains prennent de la distance qui finit plus ou moins vite par une rupture. D'autres membres, tels un futur P'tit Timonier, ne participent que de loin en loin et mettront des années pour s'impliquer davantage.

Pourtant, le Grog est reconnu et apprécié, mais aussi... consommé. Ce qui se traduit par des effets pervers, comme la reprise des textes sur eBay, qui amène le Grog à utiliser une procédure de plainte interne au site marchand. Ce service, très efficace, n'est pas au goût des copieurs : si certains s'en étonnent mais comprennent après un petit échange courtois, d'autres sont plus agressifs : insultes, menaces de procès, attaques sur les forums... La gestion de la communication est une charge et entraîne une fatigue certaine, ce qui se ressent. Et ne parlons pas des déboires au Monde du Jeu 2003, qui faisaient douter à certains qu'on y remettrait les pieds. En effet, le Grog fera stand vide pour protester contre les conditions d'acceuil.

C'est donc l'année du (rire) jaune, comme le T-shirt jaune vif pétant qui nous vaudra de nous faire repérer à des kilomètres en convention. Jaune comme l'autocollant rajouté sur les suppléments d'Orpheus avec l'obtention du Grog d'Or ! Le 10 mai, le site a en soute 493 jeux, 4794 ouvrages, 6692 critiques, 205 jeux amateurs, 661 bios, 876 sites. C'est gros, c'est lourd, et pourtant on n'arrive pas à s'en passer.

Mais certains diront que c'est aussi l'année du rose, avec l'apparition de Grog-Madame ! Cette partie du site, manifestation de la discrète présence féminine à bord, rappelle aux garçons qu'ils n'ont pas le monopole de l'imagination et de l'humour... Cette partie du site perdurera avec succès jusqu'au trou noir rencontré fin 2008.

2004-2005 : crise

Les difficultés de l'année précédente s'accentuent, mettant en péril le Grog. Le président parle de "Mort du Grog" possible dans un message à l'association, et il avouera plus tard avoir sérieusement envisagé de jeter l'éponge. Le Bosco est parti avec d'autres, il ne reste que 5 admins actifs, sur lesquels pèse une très lourde charge. Pour ceux qui se donnent le plus, la limite est atteinte, et les familles et autres doivent encaisser le contrecoup, ce qui ne pourra durer longtemps...

Et pourtant... le Grog a beaucoup de succès, trop, même ! Il est devenu tellement gros que le site plante régulièrement : l'hébergement n'est plus adapté. Le problème est que cet hébergement est gratuit mais officieux, or le Grog consomme désormais la majorité de la bande passante du serveur - autour de 5000 visiteurs par jour ! Et malgré les problèmes de l'année précédente, le Grog va quand même participer au Monde du Jeu 2004, considéré comme un très bon cru, avec beaucoup de parties.

561 jeux, 5572 ouvrages, 8120 critiques, 242 jeux amateurs, 616 éditeurs, 868 bios, 991 sites (entre autres) sont en ligne le 9 mai 2005, et c'est Vermine qui décroche le Grog d'Or cette année. Mais y aura-t-il une suite ? En interne, plusieurs se posent la question.

2005-2006 : redémarrage et rationalisation

A force de chercher, on trouve ! De nouveaux admins (hello Brunal !) et de nouveaux matelots - voire le retour d'anciens - amènent de la fraîcheur et une nouvelle motivation. Certes, il n'y a pas de marge, mais un certain équilibre est retrouvé. Le président actuel, matelot depuis plusieurs années, arrive enfin sur la passerelle. Un autre nouvel admin à la langue acérée (ben oui, encore un), arrive même à réussir ce tour de force de décrire FATAL - bravo Loris ! Avec tous les points de Santé qu'il a perdus, on ne peut pas s'étonner qu'il ait parfois des réactions ou un langage qui heurtent les personnes sensibles et non habituées...

Sur le plan de l'hébergement, il n'y avait pas d'autre choix que de mettre la main au portefeuille. Tandis que l'essentiel de la base restait sur le serveur gratuit, un nouveau serveur, payant (vous avez dit OVH ?), hébergeait les images et permettait de répartir la bande passante et de limiter les engorgements. Afin de faire face à ces nouvelles dépenses, un appel à dons est fait qui a un grand succès : les rentrées sont supérieures aux cotisations régulières et l'équilibre est tout de suite atteint. Tout marche, tout baigne, on soupire...

Les salons où le Grog participe augmentent et il faut faire des choix, on ne peut être partout. La GenCon a un grand succès, avec pour le Grog deux tables sur le salon mais aussi cinq salles climatisées à l'écart, et où l'on voit le Grog remettre le prix du concours de "Mister JdR" à Eric Nieudan. Et si le Monde ou Salon du Jeu est incontournable, les relations avec les responsables officiels de l'époque sont difficiles et pesantes, pour ne pas dire plus, bien qu'avec ses 6 tables le Grog assure les deux tiers des parties jouées sur le salon, malgré la proximité des stands de jeu vidéo.

Egalement, certains se souviendront avec émotion du concours "rôliste des années 80", avec une palette de prix impressionnante et de très nombreux candidats. Mais les questions, très difficiles, permirent de faire une impitoyable sélection.

Le rythme de fichage est en léger déclin cette année encore, mais le niveau d'exigence augmente toujours. Avec dans sa soute 635 jeux, 6283 ouvrages, 9193 critiques, 282 jeux amateurs, 731 éditeurs, 1038 bios, et 1129 sites le 8 mai 2006 - jour où COPS reçoit le Grog d'Or - le Grog est un pilier du paysage rôlistique francophone - voire au-delà. En plus de servir au rôliste moyen (si un tel personnage existe), c'est même un outil de travail pour beaucoup : médias, éditeurs, boutiques, voire chercheurs !

2006-2007 : vieillissement

Le Grog poursuit son développement. Entre autres choses, des colonnes permettent de mettre en valeur divers articles, dont une récente étude sur le jeu de rôle : le Grog affirme son rôle de média à part entière et de plus en plus complet, tout bénévole qu'il soit. Pareil du côté des salons : l'institutionnalisation du rôle du Grog est en place. Autrement dit, on demande au Grog de gérer et d'organiser les tables de jeu, y compris l'articulation avec les éditeurs et leurs troupes, payées, elles ! Des casquettes apparaissent, des énigmes s'invitent dans les historiques...

De manière plus générale, le milieu donne une impression de vieillissement, tant de la population des rôlistes en général, que de l'équipage. Le créneau rapporte moins, mais les productions semi-amateur se développent, imagination et qualité restent au rendez-vous. Sur le vaisseau, l'âge moyen aussi augmente (des annonces d'heureux événements sont de plus en plus fréquentes), la disponibilité diminue, l'implication aussi... Comme pour l'association, dont la liste de diffusion sert de moins en moins, et surtout pour les Assemblées Générales. Ce qui n'empêche pas un certain Jaï de la rejoindre à ce moment-là.

Mais la base n'arrête pas de grossir toujours plus, et des fidèles réalisent des exploits : entre le flot de fiches espagnoles en deux semaines (bravo Cédric !), et la régularité des fiches Traveller (1 par semaine sans interruption pendant deux ans - bravo Philippe ! - et cela continuera bien au-delà), on en voit de belles ! A savoir : 690 jeux, 7078 ouvrages, 10129 critiques, 309 jeux amateurs, 778 éditeurs, 1220 bios, 1163 sites - le 7 mai 2007. Et le lendemain, Warhammer reçoit la récompense suprême. Ce qui vaudra une cérémonie de remise du prix à la GenCon 2007, avec champagne et petits fours !

Côté épine dans le pied, c'est cette année-là que le Grog rencontre son détracteur extérieur (copieur eBay) le plus agressif, opiniâtre et virulent. Certains ont bien cru qu'il finirait par aller au tribunal, mais il a dû comprendre qu'on ne céderait pas et que ses chances étaient nulles. Est-ce cela qui va attirer un spécialiste des tribunaux au sein de l'équipage, bientôt dans l'association (année suivante) ? Sans doute que non, mais la coïncidence est amusante.

2007-2008 : consolidation

Période de consolidation, c'est à peu près comme cela qu'on peut voir la chose : pas de grande nouveauté sur le site, on doit assurer le courant d'abord. C'est rendu nécessaire par la diminution de l'équipage : tant les matelots, qui semblent tourner surtout autour d'un noyau dur, que les admins. Environ huit sont présents, plus ou moins actifs. En particulier, le président de toujours est en net retrait pour raisons professionnelles entre autres, mais notre Saint-Thom'-des-machines fait tourner la boutique avec la même efficacité.

Salons : rien de changé mais moindre disponibilité, et concentration sur les plus gros et prestigieux dirons-nous. Néanmoins, le Grog a toujours eu à coeur et il continue (et continuera) à présenter des jeux peu voire pas connus, amateurs ou "pro" (payants), en convention ou sur son site. Si certains éditeurs ont les moyens de faire la publicité de leurs jeux, publicité à laquelle le Grog contribue avec ses fiches, il sait aussi mettre en valeur le travail de fourmi de certains, moins connus. Côté Salon du Jeu, l'espace disponible faute d'exposants nous donne un stand de 70 m2, et 8 tables. Côté GenCon 2008, elle a lieu trop tôt pour faire la remise du Grog d'Or, bientôt attribué à Warhammer 40k.

On parle de plus en plus de mort du JdR face au jeu vidéo en ligne entre autres. Pourtant de nombreuses créations voient encore le jour, et le JdR francophone possède une aura certaine de "secteur dynamique et de qualité", outre-Atlantique en particulier. Mais créativité et qualité ne veulent pas forcément dire rentabilité. Une nouvelle version de D&D est également annoncée, qui préfigure une nouvelle orientation du marché professionnel.

Un coup de semonce a tout de même lieu au niveau du vaisseau, une absence de deux semaines à l'automne 2007, et qui entraîne une diminution de 20 % du trafic. L'hébergement pose à nouveau problème, il faut passer au 100 % payant. Mais c'est géré de main de maître, et le 5 mai le site affiche au compteur 748 jeux, 7655 ouvrages, 10999 critiques, 354 jeux amateurs, 803 éditeurs, 1338 bios, 1235 sites. C'est aussi à cette période le début d'une vague de jeux japonais de notre correspondant de là-bas (salut LGD !).

2008-2009 : le trou noir

Cela avait pourtant bien commencé, avec le renouvellement des admins (une paire de Jérômes, une !) et de nouveaux matelots. L'arrivée de D&D4 enflammait la communauté, et les débats faisaient rage, sur le Grog comme ailleurs, sur les qualités et défauts de cette nouvelle mouture. Et puis un premier coup de semonce : le président qui démissionne sans prévenir après plus de huit ans de bons et loyaux services. Il fut remplacé par l'actuel, mais tout n'était pas fini. Des erreurs, des tensions trop longtemps contenues, un conflit explose. A l'automne, le site est brusquement introuvable. Le Grog serait-il mort ?

Pas tout à fait, bien que la question fut posée au sein de l'association. La plus grave crise qu'a connu le Grog à ce jour durera plus de six mois. Un blog fut mis en place sur une autre adresse, pour continuer à montrer qu'il restait quelqu'un, puis une version temporaire sur laquelle une sauvegarde de la base pouvait être consultée. La base fut à nouveau nourrie petit à petit, tandis qu'en parallèle le conflit fut réglé entre gens de bonne volonté. La liste de diffusion de l'association fut également active comme jamais.

En plus du blog et de la base temporaire à tenir, une partie des admins travailla d'arrache-pied à un vaisseau entièrement renouvelé, à partir de zéro. Il fallut énormément de temps pour gérer tout cela, mais aussi beaucoup d'argent pour des frais imprévus. Mais la communauté réagit très rapidement, devant la menace de voir disparaître un pilier qu'elle croyait inamovible. Cela motiva certains à s'impliquer davantage (salut Slawick !). Les dons et messages de soutien ou d'encouragement affluèrent de toute part, permettant à l'équipage du Grog de porter le lourd fardeau sans faillir. Le plus dur à gérer ? Les milliers de messages à lire, prendre en compte ou écrire...

Ce qui permit au néo-grog de voir le jour le 8 mai 2009, au grand soulagement et au ravissement de nombreux rôlistes, étrangers pour certains. Sous une nouvelle forme, ils purent consulter les 794 jeux, 8070 ouvrages, 11465 critiques, 365 jeux amateurs, 825 éditeurs, 1458 bios du 11 mai 2009. Et le Grog d'Or fut attribué à Hellywood cette année-là. Certaines choses avaient disparu, comme le Grog-Madame ou le portail, mais d'autres faisaient leur apparition et étaient plébiscitées, comme le nouveau graphisme et les collections personnelles.

Côté salons, Le Grog gère une bonne partie de l'espace démo de JdR à la GenCon, avec associations et éditeurs. Cela devient une mini-convention en termes de nombre de tables : une cinquantaine de parties sur trois jours. Au Monde du Jeu, le changement de propriétaire s'accompagne d'un changement d'attitude vis-à-vis du Grog. On nous demande de gérer l'espace de démo JdR, et quel espace ! Déco, spots, moquette, surface... On fera une cinquantaine de partie, voire plus.

2009-2010 : résurrection

Avec deux-trois cents messages quotidiens, des bugs, de nouvelles habitudes à prendre et plein de surprises (ah, le coup de la version de test qui pointait en fait sur la base réelle...), le début est très dur pour les admins, et en même temps très motivant. L'équipe est gonflée à bloc, dynamique, et voit avec plaisir le fruit du labeur invisible de plusieurs mois arriver à maturité. Reste qu'à l'extérieur beaucoup croient encore le Grog mort, voire l'ont oublié, et il reste encore beaucoup à faire. Mais après la période précédente, c'est un mal qui paraît vraiment mineur. En résumé, un mot convient bien : champagne !

Cela n'empêche pas les divergences d'opinion et les coups de gueule, les tensions aussi qui finissent par se libérer. Mais les gens ont mûri et les conflits possibles sont vite réglés. Ce qui amène certains à prendre des distances, avec l'équipe d'administration entre autres : il ne reste plus que six administrateurs. Ils sont heureusement complétés par une nouvelle équipe de sous-officiers, aux droits réduits mais pouvant assurer leur part d'administration, à leur rythme. Cette équipe élargie représente aussi le coeur du fichage sur le nouveau vaisseau.

Les relations avec éditeurs et autres se poursuivent, et encore une fois les services de presse sont presque trop nombreux pour qu'on puisse les recevoir et ficher dans les temps. Le Monde du Jeu demande l'impossible au Grog, à savoir gérer toutes les tables et accéder à certaines demandes individuelles, parfois conflictuelles. Et on garde notre rôle d'animateur sur le salon, avec un pic jamais atteint : 29 parties le samedi sur le stand, de quoi épuiser tout un chacun.

Sans arriver au même trafic qu'auparavant, les visiteurs restent nombreux et toujours très enthousiastes devant les qualités du site. De nombreuses améliorations ou ajouts sont réclamés, certains qui voient le jour quand les codeurs ou administrateurs trouvent le temps. Pour d'autres, comme un forum, le Grog s'y est toujours refusé car cela ne correspond pas à sa vocation première ou à ses capacités humaines !

Fort de cette dixième année passée à bord, discret mais bien présent - dans de nombreux historiques entre autres, le dernier concepteur du site tire sa révérence. Il quitte l'équipe d'administration - réduite à cinq personnes - pour regarder le chemin parcouru. Aux 10 ans du Grog, le 8 mai 2010, le site héberge alors 857 jeux, 8819 ouvrages, 12195 critiques, 381 jeux amateurs, 863 éditeurs, 1630 bios, 2434 utilisateurs... La finale du Grog d'Or 2010 oppose Dr Who au Trône de Fer, et la bataille est rude, le suspense dure jusqu'au dernier jour. Le vainqueur est finalement... le docteur  !

2010+ : et maintenant ?

Beaucoup de choses ont changé en dix ans, tant au niveau du site, de son équipage, que du jeu de rôle lui-même. Le navire frêle d'apparence s'est mué en un mastodonte plus lourd et difficile à gérer, mais qui impose le respect. Son public n'est plus le même, il a évolué, de même que le loisir dont il est tiré. Il doit continuer à évoluer pour satisfaire le plus de monde et promouvoir le jeu de rôle, qu'il soit pro ou amateur, ou souvent entre les deux. Il suffit de parcourir les biographies pour comprendre que peu de monde arrive à vivre du seul jeu de rôle, même anglophone. C'est surtout un travail de passion, et il convient à tous de les nourrir : la passion (loisir), le jeu de rôle (création), et le Grog (fiches, articles...).

Le Grog va-t-il pouvoir suivre ces évolutions, arrivera-t-il à s'adapter, et à être toujours présent pour dix nouvelles années ? Aux rôlistes de le décider : le vaisseau est le leur, les portes restent ouvertes à toutes et tous. Tant au niveau des matelots que des officiers, on recrute toujours des gens prêts à s'investir un petit peu voire beaucoup. La passerelle reste ouverte aux coups de main, aux suggestions, aux critiques (constructives), bref, à toutes les bonnes volontés.

Le Grog ne vit que grâce aux gens qu'il y a derrière. Il y a eu Gary Gygax, qui a fait le JdR (pour une bonne part), mais qui a aussi participé au Grog avec sa bio. Il y a eu quatre concepteurs qui ont lancé l'idée d'une encyclopédie en ligne enviée dans de nombreux pays. Il y a eu des dizaines voire centaines de matelots, administrateurs, contributeurs, sans parler des admirateurs de tout poil.

Le Grog est un jeu de rôle grandeur nature : vous faites partie d'un vaisseau intergalactique dans l'univers du JdR. Votre objectif : faire les fiches de tous les JdR passés, présents et à venir, tout en ravitaillant le navire en carburant, en entretenant ses moteurs, en repoussant les hordes de monstres de toutes sortes : économiques, informatiques, fanatiques... tout en y prenant du plaisir. Saurez-vous être à la hauteur ?

Alors, ça vous dirait de jouer à ce jeu-là ?