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When you shoot, shoot. Don't talk !

Rencontre avec 2dSF

Par Thom'

Rubrique : Interviews
Date : 19 avril 2008



En déplacement à Lausanne, à l'occasion de la convention Orc'Idée, j'en ai profité pour rencontrer Antoine Boegli et Yann Lugrin, les joyeux lurons de chez l'éditeur suisse 2d Sans Faces (Nightprowler, Nobilis, Tigres Volants). Ce fut l'occasion pour moi de déguster du chocolat en profitant du soleil qui baignait généreusement le Lac Léman et les environs, et pour mes hôtes de répondre à quelques questions sur le devenir de leurs différentes gammes. Compte-rendu d'entretien, depuis l'autre pays du jeu de rôles francophone.

Q - Bonjour Yann, bonjour Antoine, alors tout d'abord, petite question habituelle de la présentation croisée : et si vous deviez présenter en quelques mots votre comparse ?
R (Antoine) - (il montre Yann du doigt) C'est Yann.

R (Yann) - (il montre Antoine du doigt) C'est Antoine. Il est informaticien.

R (Antoine) - Toi aussi.

R (Yann) - Oui mais moi j'ai une excuse.

Q - Entrons dans le vif du sujet : avez-vous des informations pour nos lecteurs, à propos des prochaines parutions pour Nightprowler et Tigres Volants ?
R (Antoine) - Tout d'abord, pour Tigres Volants, nous avons deux suppléments de 32 pages qui sont en cours de rédaction. Nous ne savons pas encore très bien sous quelle forme ils seront édités, l'expérience du print-on-demand n'étant pas tout à fait concluante. La prochaine Bibliothèque tachyonique sera donc consacrée à la Dame de Fer, une honorable compagnie de mercenaires pirates spatiaux. Les numéros suivants devraient être consacrés, aux cargos et vaisseaux de ligne qui naviguent dans le système solaire et la Sphère, ainsi qu'à la description d'une station spatiale. Alias a aussi commencé à travailler sur une campagne. Pour l'instant, je ne peux malheureusement rien en dire, et n'accepterai de parler que sous la contrainte.

R (Yann) - Nous ne savons pas encore sous quelle forme l'éditer car, si nous l'imprimons au même format que le premier opus de la série, il ne pourrait pas être rentable.

Q - Concernant le print-on-demand, après deux suppléments diffusés par ce biais (Copacabana Transit et Trois Pas vers le Bagne), il semble que vous n'avez pas eu les retours que vous espériez ?
R (Yann) - En fait, le principal problème est l'absence de réseau de distribution. Au final, c'est relativement positif, dans le sens où ce n'est pas pire que ce que nous pensions. Mais nous aurions rêvé que cela puisse vraiment marcher, afin d'utiliser pleinement ce mode de distribution. Malheureusement, nous ne parvenons pas à communiquer suffisamment pour faire savoir aux joueurs qu'ils peuvent se procurer les suppléments par ce biais. On s'aperçoit qu'au final, il y a certainement bon nombre de personnes qui continuent à être informées par les seules boutiques.

R (Antoine) - En fait, pour que ce genre de truc fonctionne, nous manquons cruellement d'une revue. Car, aussi étrange que cela puisse paraître, il y a encore des gens qui n'utilisent pas Internet pour s'informer des sorties.

Q - Et en ce qui concerne Nightprowler ?

R (Antoine) - Pour Nightprowler, la prochaine sortie est l'Atlas de Bejofa, sur lequel nous avons un retard indépendant de notre volonté. Nous ne l'aurons donc malheureusement pas pour la Gencon, en dehors d'une impression numérique, car le supplément devrait être sous presse à ce moment-là. A partir de là, nous avons quelques projets top secrets, dont je ne peux pas te parler sans être obligé de te tuer... Cela dit, parmi les projets, nous avons une campagne, sur laquelle nous travaillons depuis un petit moment déjà, qui est en cours d'assemblage et de construction. Nous en sommes encore, pour cette campagne, au stade de la planification. Nous avions aussi commencé avec la série des Voix des Ombres, c'est à dire des petits suppléments de 32 pages. Mais le problème est encore pire que pour Tigres Volants, qui est auto-financé par Alias : vu le prix que cela représente de payer des gens pour faire des textes ou des illustrations pour Nightprowler, en format de 32 pages, nous n'y arrivons tout simplement pas. La Voix des Ombres va donc très probablement muter, pour devenir un supplément au format plus traditionnel de 96 pages.


R (Yann) - En fait, au lieu de faire des suppléments de 32 pages, nous allons en produire trois à la fois. Cela devrait nous permettre de l'imprimer à un nombre d'exemplaires suffisant, et ainsi passer par le réseau de distribution habituel. En effet, si sur un supplément comme l'Atlas, qui fait 96 pages, nous pouvons en imprimer un bon nombre, en l'occurrence 1500, c'est beaucoup plus mitigé sur un supplément comme la Voix des Ombres dans sa forme actuelle, même si pour le premier, c'est un peu particulier car les scénarios se vendent toujours moins que les suppléments de contexte.

Q - A propos de l'Atlas de Bejofa, on peut trouver un grand nombre de suppléments décrivant des villes, des plus classiques aux plus originaux. Quelle a été votre approche pour cet Atlas ?
R (Antoine) - L'objectif est déjà d'avoir une boîte à outils, plus qu'un ouvrage qui décrive la ville rue après rue. Ce ne serait pas envisageable, de toute manière. Donc, dans l'Atlas, on trouve avant tout des textes qui décrivent les quartiers, la vie quotidienne dans la ville elle-même, que ce soit au niveau culturel ou commercial. Nous avons adopté dans chaque chapitre une division en jour et nuit, qui sépare globalement les choses "officielles" du monde de la criminalité. D'un côté, ce qui se fait au vu et au su de tout le monde, de manière complètement légale, et de l'autre, des côtés un peu plus obscurs. Quant au format lui-même, il n'y a pas vraiment de solution idéale pour ce genre de supplément. Nous avons essayé de faire quelque-chose qui soit aussi proche que possible d'un guide de voyage.

R (Yann) - Une partie contexte explique le fonctionnement général de la ville. Ensuite, nous avons une partie boîte à outils, avec notamment une galerie de bâtiments types, avec à chaque fois des plans de ces bâtiments, et la description de son environnement, afin de pouvoir le transposer dans une partie de jeu tel quel, ou de l'utiliser comme exemple, comme base de travail. De plus, nous avons essayé de bâtir un ensemble relativement crédible : par exemple, le plan de la ville a été fait par un architecte, ce qui donne un certain réalisme au contenu.

R (Antoine) - Enfin, il y a deux scénarios, qui sont tellement retors que nous aurions du ajouter une notion de santé mentale pour mesurer les dégâts sur les personnages.

Q - Dernièrement, l'auteur de Nobilis a sorti un petit supplément électronique intitulé Unlikely Flowerings. On parle en outre de plus en plus de la troisième édition...
R (Antoine) - Jenna (puisqu'elle a changé de nom) et Brad Elliott, de EoS Press, ont en fait commencé à remplir ma boîte mail. Pour l'instant, je n'ai pas pu beaucoup m'y consacrer à cause de mon travail sur l'Atlas. Mais en tout cas, nous avons repris contact avec eux. En fait, pour Nobilis, nous avions sorti le livre de base et l'écran, mais pas le supplément publié à l'époque en anglais (Game of Powers). Nous l'avions cependant traduit. Ce que je pense faire, c'est réunir une équipe de volontaires pour faire quelques traductions, faire de notre côté un travail de mise en page, et éventuellement proposer ces documents en téléchargement via lulu, pour un support papier en print-on-demand. De toute manière, à ce niveau, l'objectif est de produire un service plus qu'autre chose, car nous ne comptons pas vraiment rentabiliser.

R (Yann) - Même si nous vendons régulièrement des livres de base, notamment depuis qu'on parle à nouveau du jeu sur le web.

Q - Et en dehors de cela, d'autres jeux en projet ?
R (Yann) - Nous avons deux trois choses en route, dont un jeu de cartes sur le thème de la montée aux alpages.

R (Antoine) - Un truc avec des vaches. Très important, ça, les vaches... Quant aux jeux de rôles, nous avons évidemment plein de projets, mais ce sont plus des trucs pour le fun ou personnels.

R (Yann) - Nous aimerions déjà réussir à faire vivre les jeux que nous avons.

R (Antoine) - Et nous sommes loin d'avoir fini avec Nightprowler : nous avons encore des tas de trucs à raconter.

Q - Vu votre expérience côté édition, quelle est votre opinion sur l'état du jdr ?
R (Yann) - C'est une question qui revient à chaque fois. A part la disparition des revues traditionnelles, le jeu de rôle n'est pas plus mort qu'avant. Il y a de plus en plus de publications. Qui se font de plus en plus dans un cadre amateur et de moins en moins dans des structures de type Asmodée ou Multisim. Par contre, le jeu de rôle est entré dans les moeurs, et n'est plus une activité mystérieuse dont on devrait avoir honte. On a par exemple des acteurs ou des scénaristes qui parlent des souvenirs qu'ils ont de leurs expériences, ou dans certains cas qui reviennent au jeu de rôles avec des licences que le jeu de rôle permet de perpétuer.

R (Antoine) - Il y a plus de rôliste maintenant qu'il y a quinze ans, mais aussi beaucoup plus de choix dans les jeux disponibles. Le marché s'est fragmenté, ce qui réduit le nombre d'acheteurs par jeu publié. Et donc le nombre de bouquins qui pourront être écoulés. Et finalement le nombre d'acteurs qui pourraient prétendre en vivre. C'est paradoxal non ?

Q - Pour finir, vos coups de coeur et coups de gueule de l'année ?
R (Yann) - Non, rien de spécial.

R (Antoine) - Je ne me souviens plus, il devait pourtant y avoir un truc important, genre un commentaire à propos de D&D4 ou de l'augmentation du prix du pain...

R (Yann) - C'est parce que tu es vieux. La mémoire c'est ce qui part en premier.

R (Antoine) - Tu dis ça uniquement parce que je suis plus beau que toi.

Merci à Yann et Antoine, ainsi qu'aux organisateurs d'Orc'Idée, pour leur gentillesse toute helvétique !

Pour en savoir plus :
- Le site de 2dSF
- La boutique lulu de 2dSF
- Le site de EoS Press